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Les dérapages de Lara

Les dérapages de Lara, par SamFox, le 27 mars 2002.

"Il était une fois le triste destin d'un peuple opprimé par un envahisseur toujours plus cruel à mesure que le temps passait. Ce peuple persécuté, c' était mon peuple, les Tibétains. Celui qui fut notre libérateur, il y a bien longtemps, était une femme. Ou du moins, une femme séparée de sa petite sour par des années d'incompréhension. Je vais vous conter l'histoire de ces femmes venues d'Angleterre alors que les miens et moi-même subissions de plein fouet les prémices d'un inéluctable génocide ".

Un fusil d'assaut à l'aspect redoutable dans les mains, un viseur infrarouge-thermographe harnaché sur la moitié gauche du visage, le soldat casqué s'avançait silencieusement dans la pénombre et s'approchait dans le dos de Lara. Présomptueux, ou plus simplement très optimiste, il espérait liquider facilement l'aristocrate mais une perle de sueur roula sur le bord de sa paupière et l'aveugla pendant un instant. Commettant l'erreur d' attendre une seconde de trop pour presser la détente, il rouvrit les yeux au moment où Lara braquait dans sa direction un Desert-Eagle. L'énorme flingue cracha aussi sec son projectile de titane farci de matière explosive. La tête du soldat cessa brusquement d'exister.

Paisiblement, rituellement, la jeune femme redressa son pistolet et souffla sur l'embouchure du canon afin d'en chasser l'émanation tandis qu'à quelques enjambées, le corps avachi du soldat s'affalait dans un borborygme peu ragoûtant.

Elle rengaina puis ramassa l'arbalète à poulies qu'elle avait lâché quelques instants plus tôt. Elle se retourna vers l'arène où se prélassaient quelques léopards désouvrés et jaugea d'un coup d'oil circulaire la situation. Elle redressa l'engin et visa la façade opposée. Elle tira en oblique vers le plafond voûté. Le carreau d'acier parti à toute vitesse, entraînant dans sa course parabolique un câble de nylon qui se déroulait dans un chuintement presque inaudible. Lorsque enfin le harpon se planta dans la paroi calcaire, Lara sortit un couteau de son fourreau de cuir, coupa le fil et en enroula l 'extrémité sur un piton qu'elle enfonça d'une simple pression du pouce entre deux pierres du mur.

Elle tendit le filin, s'assura qu'il tenait assez fermement pour soutenir son poids puis entama la traversée de l'arène. Allongée sur le câble, stabilisée par sa jambe gauche qu'elle laissait pendre pour tenir lieu de contrepoids, elle guettait les fauves qui, patiemment, se promenaient en contrebas et attendaient la moindre erreur susceptible de leur servir sur un plateau ce magnifique repas.
- Perspective peu réjouissante, songea la rouquine qui s'évertuait à maîtriser ses mouvements. Vous pouvez toujours fantasmer, minous minous !

Une fois parvenue au bout du cordage, Lara effectua une cabriole et retomba sur ses pieds. Elle longea le bord de l'arène au pas de course, escalada les gradins et s'engouffra dans le premier couloir. Elle poursuivit sa course jusqu'à ce qu'elle distingue une lueur. Elle s'approcha alors sur la pointe des pieds et découvrit le spectacle étonnant d'une grille s'étalant sur plusieurs mètres carrés au-dessus de sa tête. Des vigiles évoluant par binômes montaient la garde et cheminaient par intermittence sur la grille, semant à chaque fois des nuées de poussière avec leurs rangers.

Après un laps de temps d'observation, Lara en était arrivée à connaître l' effectif des gardes. Elle se hasarda à soulever doucement la grille, sans succès. Elle fixa alors une grenade à la grille à l'aide de sparadrap, la dégoupilla et fonça se réfugier dans le couloir. De ses paumes de main, elle s'obstrua fortement les oreilles et ressentit soudain la déflagration avant d'être propulsée à plusieurs mètres par l'onde de choc.

Quand elle reprit ses esprits, la jeune femme s'estima indemne et se releva. Elle fit l'inventaire rapide de ses armes et se dirigea prudemment vers ce qui servait auparavant de grille. Dans un environnement composé de fumées de provenances diverses, elle distingua une large ouverture dans la grille éventrée et entendit de nombreux cris. Profitant de la fumée encore dense et de la confusion qui régnait alentour, elle bondit hors de sa cachette et dégaina son Desert-Eagle. Tout en courant comme une dératée vers un énorme portail de chêne et de fer forgé, elle tira plusieurs balles vers le bas de l'édifice. Dans cette immense grotte, la répercussion des détonations était tellement assourdissante que les gardes ne parvenaient pas à garder leur équilibre et manquaient systématiquement Lara. Sous les impacts répétés des balles explosives, le portail fut percé d'une large ouverture par laquelle poussières et fumées s'échappaient dans un puissant courant d'air.

C'est à ce moment que Lara vit enfin les prisonniers qu'elle était venue arracher aux griffes du gouvernement local. Émergeant de la brume, ils se faufilaient en ordre serré par l'ouverture ménagée dans le portail, prenant soin de ne pas écorcher leurs crânes rasés sur les échardes.

Quelques sentinelles tentèrent de s'interposer et commencèrent à lever leurs armes. Lara intervint alors en les éliminant rapidement les uns après les autres. Dans la cohue et le vacarme, elle n'entendit pas deux autres gardes s'approcher à pas feutrés dans son dos. Elle reçut un coup sur la nuque qui l'étourdit puis fut immédiatement terrassée par un second heurt dans les jambes. Affalée à quatre pattes sur la terre battue, elle fulminait contre elle-même d'avoir été si peu attentive. Elle considéra en silence les jambes solidement campées à sa droite et à sa gauche.
- Merde ! Ils sont plutôt discrets, ceux-là ! marmonna la Britannique. Probablement l'élite. Il va falloir jouer serré !

À la vitesse de l'éclair, elle bondit entre les jambes du plus balèze et décocha un énorme coup de poing à l'endroit le plus approprié. Dans l'élan, elle se retrouva derrière sa proie, se releva et s'en servit comme d'un bouclier pour esquiver les éventuelles balles du deuxième garde. Elle sortit son couteau et trancha la gorge du bonhomme. C'est alors qu'elle s'aperçut que le second vigile n'était autre qu'une femme, d'un gabarit impressionnant, qui reçut en pleine figure un jet gras, poisseux et odorant de sang écarlate.

- Alors ma grande, éructa Lara, ça fait quoi une bonne lampée ?
- Garce ! cria l'autre en tentant de s'essuyer grossièrement le visage. Je sais que tu es une peau de vache, mais je t'aurai quand même. Ça fait trop longtemps que j'attends de te rencontrer. Je m'entraîne spécialement depuis deux ans pour pouvoir mettre fin à ton hégémonie. Fini le règne arrogant de Lara Croft. Elle a été humiliée par Sarah Croft elle-même, la petite sour effacée.
- Tu parles trop, Sarah. Tu ferais mieux de réfléchir un peu plus. Comment une femme aussi déterminée et aussi forte que toi a-t-elle pu s'engager dans le crime ? Ça te plaît donc tant que ça de jouer les mercenaires ? Ça t' excite de faire le mal et d'aider des assassins à assouvir leurs projets machiavéliques ?
- Je m'en fous, de ce qu'il se passe entre les Tibétains et leurs persécuteurs. Je ne veux que toi. Je veux pouvoir suspendre ta tête au-dessus de ma cheminée, le plus beau trophée dont on puisse rêver.
- T'es malade, Sarah. Je comprends, maintenant, pourquoi tu avais disparu depuis deux ans. Ta soi-disant retraite sabbatique en Ecosse, c'était donc ça, un petit voyage en Extrême-orient aux frais de la princesse. Pactiser avec l'ennemi des libertés dans le but d'assouvir une vengeance. Quel pitoyable destin ! Je te plains !
- Les ennemis de la liberté, comme tu dis, m'ont appris à me battre et on fait de moi une machine de guerre. Leurs idées sont nobles. Ils n'ont pas de temps à perdre avec des parasites qui les empêchent purement et simplement d 'asseoir leur idéologie.
- Cette idéologie pue la mort, Sarah. Il est porteur d'un message de haine et de destruction. Il n'a aucun respect pour rien ni personne. Il ignore la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme autant que la Convention de Genève. Comment as-tu pu te laisser abuser ainsi. D'où cet endoctrinement te vient-il ? Ce n'est pourtant pas moi qui t'ai appris cela, bon sang !. Tu ferais bien d'arrêter ces absurdités. Ça fait vingt ans que je me tue à te le répéter. Et tu ne peux pas m'accuser de ne pas t'avoir élevée. Depuis la mort de Papa et Maman, je me suis occupée de toi mieux que de moi-même.
- Tu parles ! Tu ne te sens plus, ouais ! J'en peux plus, moi, de te voir être adorée par tous, être adulée comme une déesse. Si les gens savaient comme tu aimes jouer les despotes, les petits despotes riquiqui, les petites frappes, ils arrêteraient de te porter aux nues.

Interloquée, Lara laissa tomber le cadavre spongieux de sang.
- Tu penses vraiment ce que tu dis ? demanda-t-elle avec un calme soudain. Impressionnée par ce revirement d'attitude ainsi que par l'existence même de cette question, Sarah abaissa son fusil. - De toute façon, en quoi mon sort t'intéresse-t-il ? chuchota-t-elle.
- Mais non, je t'ai seulement demandé si tu pensais vraiment ce que tu venais de me dire.
- Tu vois, tu joues encore sur les mots, comme tu as toujours fait. Tu cherches à m'embrouiller. Lara s'approcha de sa petite sour et posa une main sur sa joue.
- Et tu t'es entraînée tout ce temps rien que pour me flanquer une volée ? C'était ça ton rêve ? Tu pensais que ça t'apporterait la gloire ?. Ainsi, tu es persuadée que je me suis évertuée à te persécuter !. Si tu savais comme tu te trompes ! Jamais de ma vie je n'ai aimé personne autant que j'ai pu t' aimer toi. Mais il est vrai que nous avons vécu seules, sans nos parents. Ils ont disparu alors que tu n'avais que deux ans. Quant à moi, j'en avais 16.

Une larme roula sur la joue de Sarah.
- Finalement, tu t'es sacrifiée, n'est-ce pas ?
- Absolument pas ! Je me suis occupée de toi, un point c'est tout ! J'ai réussi à concilier mes études, mon sport et ton éducation. Lara se fit songeuse un instant puis reprit :
- Il est probable, en effet, que je ne t'ai pas donné toute l'attention à laquelle a droit toute petite fille.
- Tu ne pouvais pas être partout. fit Sarah, magnanime pour la première fois de sa vie. Tu as fait ce que tu pouvais. En ce qui me concerne, ça n'a pas toujours été le cas. J'ai souvent été une vraie peste. L'ingratitude a toujours été mienne, même encore aujourd'hui.
- Parce que nos parents n'ont pas été là pour t'aider à grandir normalement. T'élever seule allait forcément me pousser à la faute, à quelques dérapages. Puisses-tu un jour me pardonner mes erreurs !
- Tes erreurs ne sont rien à côté de celles que j'ai commises. Regarde où j 'en suis. Pour ces saloperies, je suis bien payée ; très bien payée, même !
- Tu sais, il n'est pas trop tard pour tout réparer. Il faudrait commencer par libérer ces gens. Les lamaseries sont désertes, mais tant que les oppresseurs seront là, il sera impossible aux Tibétains de les réintégrer ni de reprendre une vie normale. L'exil est probablement leur destin, mais le nôtre est sans aucun doute la libération de ces centaines de milliers de personnes. À nous deux, nous avons assez de force et de talent pour éviter un génocide, ne crois-tu pas ?
- À nous deux, nous pourrions soulever des montagnes, souffla Sarah en retrouvant un sourire malicieux.
- Tu n'as pas fini de grandir, petite sour ! déclara Lara en l'enlaçant tendrement. Je te promets de faire davantage attention à toi, à l'avenir. Ce jour est mal choisi pour laver notre linge sale, mais ça fait du bien quand même !

"Je viens de vous conter un extrait d'une des nombreuses histoire des sours Croft. Cette version à la fois sanglante et émouvante nous a été rapportée par Lara et Sarah elles-même, à l'époque où, enfin mâtures, elles quittèrent définitivement leur château anglais, pour venir chercher en notre couvent les réponses à des questionnements qui les torturaient depuis trop longtemps. Quatre décennies après qu'elles nous aient permis de revenir libres dans notre pays, elles nous rejoignirent donc, et en tant que "justes parmi les justes", furent accueillies avec tous les honneurs, et plus encore de festoiements que lors de la visite de notre vénéré Dalaï-Lama. Ce dernier ne manqua pas, d'ailleurs, d'accueillir en personne nos deux bienfaitrices, et de les accompagner jusqu'au couvent de leur choix. C'est là, sur les hauteurs de Lhassa, qu'elles trouvèrent enfin une situation adaptée à leurs tourments.

"Elles apprirent notre religion, notre philosophie, l'envol éthérique, la clairvoyance, la reconnaissance des types d'auras et, à force de travail et de méditation, devinrent lamas et abbesses, ce qui est la plus haute distinction possible en matière de bouddhisme tibétain avant d'atteindre le statut de Dalaï-Lama.

"Au Tibet, la vie est dure et les hommes sont rudes, mais Lara et Sarah surent être plus solides encore et répondirent avec excellence à toutes les épreuves. Depuis fort longtemps, elles possédaient l'énergétique chinoise, ce qui les propulsa très promptement au firmament des connaissances médicales. Nombreux étaient les moines et lamas qui venaient des quatre coins du pays pour faire appel à leurs compétences.

"Aujourd'hui, on peut contempler leur sérénité grâce à l'embaumement auquel elles eurent droit. Plus de cinq générations après leur envol, nous nous apprêtons à accueillir leurs réincarnations, deux jeunes filles qui ont la même différence d'âge et qui nous parviennent d'Argentine et de Nouvelle Zélande. Il va de soi que dès qu'elles se rencontreront, elles se reconnaîtront.

"Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'ici elles n'auront pas la tête en bas comme dans leurs pays d'origine."

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