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Aventures, Vol.3

Aventures, Vol.3, par Pitoch, le 29 septembre 2006.

Aventures, Vol.3

Comme dans tous les quartiers pauvres des mégalopoles du monde, pour ne pas dire « bidonvilles », celui de Bangkok était composé de huttes de tôle sans étage, collées les unes aux autres en un interminable quadrillage labyrinthique. La nuit était tombée, et si, dans une journée classique, il existait une heure plus dangereuse que les autres pour se trouver dans le bidonville thaïlandais, c'était celle-ci. L'instant précis où les derniers couche-tard sont vite rentrés dans leur demeure, et où les premiers lève-tôt n'osent pas encore sortir. Le moment où seuls les pires criminels de Bangkok sont dehors. Les criminels, et Lara Croft.
La jeune adolescente, qui venait de fêter ses quinze ans quelques jours plus tôt, virevoltait littéralement de toit en toit, courant, sautant et roulant sur les tôles crasseuses, dont elle limitait les sons produits par sa grâce et sa souplesse. Des chiens errants aboyaient sur son passage et parfois, elle captait un coup de feu, claquant plus ou moins loin d'elle. Elle traversa le bidonville par les toits, sans s'arrêter, ni même ralentir. Elle atteignit enfin un quartier plus tranquille, car plus aisé et sauta d'un toit particulièrement bas dans la ruelle en-dessous. Elle se redressa aussitôt pour se retrouver face à un homme qui la toisa de toute sa hauteur. Essoufflée, elle le regarda en silence.
- Sept minutes trente sept secondes, fit Werner Von Croy en regardant le chronomètre. Et vous êtes encore vivante...
- Pas mal, hein ? répondit l'adolescente avec un sourire.
- C'est en progrès, oui...
- Vous pourriez au moins m'accorder le crédit de la performance, là !
- Dans un tombeau en train de s'écrouler, il faudra faire beaucoup mieux que ça, Lara.
L'adolescente soupira d'un air contrarié, puis haussa les épaules.
- Montez dans la voiture, Lara. Nous retournons à l'hôtel.
- Pas tranquille dans le quartier ? ironisa-t-elle.
- Vous vous oubliez, miss Croft.
Lara se tut et monta dans la voiture. Von Croy démarra en trombe et quitta les quartiers pauvres de Bangkok.

***

Quand Lara sortit de la douche, dans sa chambre d'hôtel, il était deux heures du matin. Werner dormait déjà, elle l'entendait clairement au travers de la fine paroi séparant leurs deux chambres. L'adolescente se jeta sur son lit et se mit à réfléchir. D'abord, elle n'avait pas sommeil. Ensuite, elle venait d'avoir quinze ans, et elle avait fêté son anniversaire avec son mentor. Rien de bien joyeux. Bref, elle voulait sortir. Werner ayant donné des consignes à la réception de l'hôtel, Lara était donc bonne pour une nouvelle escapade. Mais cette fois-ci, c'était pour la bonne cause.
En quelques minutes, et après un bref passage par la gouttière, elle se retrouva dans une rue très vivante, même à cette heure de la nuit. Toute la jeunesse aisée de Thaïlande se retrouvait pour boire et danser jusqu'à l'aube. Boites de nuit, bars, pubs, chaque lieu de fête débordait jusque dans la rue. Tout était illuminé et festif. Lara affichait un immense sourire, tout en repoussant les premiers assauts de séduction de quelques thaïlandais ivres. Après tout, elle n'était pas venue ici pour se laisser séduire, mais juste pour profiter de l'ambiance : elle se contentait donc de marcher lentement au milieu de la foule. De toute façon, elle était fauchée, ses économies étant sagement rangées dans le sac de Werner. Soudain, alors qu'elle déambulait, la foule s'écarta légèrement devant elle. Un jeune homme, à peine plus âgé qu'elle, courait à toute allure dans sa direction, heurtant des passants sur son chemin. Derrière lui, trois policiers thaïlandais courraient également, armes à la main. Le jeune homme tenant à la main un sac, Lara jaugea rapidement la situation. Sans hésiter, elle se décala du chemin, mais tendit sa jambe au moment où le jeune voleur passa à sa hauteur. Le résultat fut au-delà de ses espérances : il perdit l'équilibre et s'affala violemment sur le sol. En quelques secondes, les policiers étaient sur lui. Ils le maintinrent plaqué au sol, sans délicatesse. Lara regarda la scène avec un sentiment satisfait d'avoir appréhendé un voleur. Elle affichait un petit sourire narquois lorsque le troisième policier l'attrapa sans ménagement par le bras et la jeta par terre. Lara se retrouva dans la même position que sa victime, menottée. Les policiers les relevèrent tous les deux et les embarquèrent. Les gens autour d'eux faisaient mine de ne rien voir.
Avant de réellement réaliser ce qui lui arrivait, Lara se retrouva dans une cellule dégoûtante, où l'odeur d'urine était si forte qu'elle prenait à la gorge. L'adolescente se mit à hurler pour clamer son innocence, tentant de faire entendre raison aux policiers. Ceux-ci l'ignorèrent et partirent, sans que cela ne stoppe ses hurlements.
- Oh, c'est bon, arrête de gueuler ! fit son compagnon de cellule. Ils t'écouteront pas, de toute façon.
Dans sa panique, Lara avait totalement oublié le jeune voleur. Immédiatement, elle reporta sa rage et sa peur sur lui.
- Toi... TOI ! hurla-t-elle. C'est ta faute !!
- Ben voyons ! T'avais qu'à me laisser passer, au lieu de jouer les défenseurs de la vertu !
- J'ai arrêté un voleur !
- Mais t'en sais rien, fillette. Tu ne connais pas mon histoire.
- T'étais poursuivi par les flics, non ?
- Ouais, et tu as remarqué à quel point ils étaient perspicaces, non ?
Lara se calma légèrement et s'approcha de lui. Elle s'assit à ses côtés, sur la banquette crasseuse.
- T'es pas un voleur ?
- Si, mais l'histoire est longue. Disons que je suis une sorte de Robin des Bois...
- Tu voles aux riches pour donner aux pauvres ?
- Ouais... En gros... Dis donc, t'as l'air jeune. T'as quel âge ?
- Quinze. Et toi ?
- Dix-neuf. Tes parents vont venir te chercher, j'espère ?
- Non. Je suis ici sans eux.
- Alors t'es super mal !
Il se tut. Lara respecta son silence pendant quelques minutes, avant de reprendre.
- Tu t'appelles comment ? demanda-t-elle.
- Alex West. Et toi ?
- Lara Croft.
- Enchanté. Je te serrerais bien la louche, mais j'ai des menottes.
Lara ignora la remarque et leva les yeux au plafond.
- Von Croy va me tuer...
- Qui est Von Croy ?
- Mon professeur.
- De ?
- De tout. C'est mon professeur, mon mentor, si tu préfères.
- Particulier ?
- Oui.
- Mais t'es bourrée de fric ?
- Ouais, on peut dire ça...
- Appelle-le vite, alors ! Fais-moi sortir de là avec toi !
- C'est hors de question. Il doit tout ignorer. Et puis, ça m'étonnerait que les flics me laissent passer un coup de fil.
- Alors tu penses faire quoi ?
- Attendre. Je suis innocente, ils comprendront rapidement leur erreur.
- Mais bien sûr... Bon, ben fais ce que tu veux. Moi, je me casse.
Le jeune voleur se leva et fit tomber ses menottes, qu'il venait de retirer tout seul. Sans hésiter, il s'approcha de la porte de la cellule.
- Comment t'as fait ce coup-là ? fit Lara, admirative.
- Un petit talent bien utile...
- Ben enlève les miennes !
- Non. Tu ne m'aides pas, je ne t'aide pas. Et puis, puisque tu restes là, comment expliqueras-tu aux flics que t'as plus tes menottes ?
Il exhiba un petit sourire ironique puis s'attaqua à la serrure de la porte, qu'il commença à trafiquer. Lara le regarda faire en silence. Tandis qu'il lui tournait le dos, elle se composa un visage pathétique : la bouche en coeur, les yeux tombants et quelques larmes sur les joues. Une fois prête pour son numéro, elle se lança.
- Alex... fit-elle d'une voix brisée.
- Laisse tomber, gamine, fit le voleur sans se retourner. Ton plan est voué à l'échec.
Lara resta silencieuse, mais ne se départit pas de son masque. Elle attendait patiemment que le jeune voleur la regarde. Car elle était certaine que ce qui marchait sur Von Croy pouvait marcher sur ce jeune voyou. Et puis, elle ne tenait pas tant que ça à le laisser partir seul : elle le trouvait vraiment mignon. Une attirance pour les mauvais garçons : déjà typique de Lara, dirait Werner. Enfin, le jeune voleur commit l'erreur que l'adolescente attendait : une fois la porte de la cellule ouverte, il se tourna vers elle. Lara en rajouta un petit peu, mais c'était visiblement inutile : elle avait fait mouche.
- Je peux venir avec toi ? Je ne veux pas rester toute seule ici... fit-elle.
- Tu vas me ralentir, petite.
- J'ai que quatre ans de moins que toi, déjà. Ensuite, j'irais plus vite si tu me détaches ces menottes.
Le jeune voleur sembla peser le pour et le contre, avant de soupirer.
- Je l'ai fait il y a cinq minutes. Grouille-toi, faut pas qu'on traîne, termina-t-il avant de retourner sur la serrure.
Surprise, Lara tira sur ses poignets : les menottes glissèrent au sol, ouvertes.
- T'es balaise... reconnut-elle avec sincérité.
- La force de l'habitude...
Il se redressa soudain et regarda la porte de la cellule avec concentration. Puis, d'une pichenette, il l'ouvrit, avant de gratifier Lara d'un clin d'oeil d'autosatisfaction.
- On y va ? fit-il.
Il s'engouffra sans un bruit dans le couloir, en louvoyant. Lara lui emboîta aussitôt le pas.

***

Moins de trois heures après l'exercice de Von Croy, Lara se retrouvait sur les toits de Bangkok. Mais la différence était cette fois de taille : elle suivait un mauvais garçon, un jeune voyou qui venait de l'entraîner dans la spirale de l'illégalité. Et elle adorait ça ! L'adolescente ne s'était jamais sentie aussi libre. Elle ne pensait même plus à son mentor, elle ne se souciait guère de s'éloigner de l'hôtel : elle suivait avec plaisir « son » jeune voleur. Après ving minutes de course, elle décida de l'arrêter.
- Hé ! Attends ! fit-elle. On est assez loin des flics, maintenant, non ?
- Ouais, mais ça fait un moment que j'ai arrêté de penser à eux, moi !
- Ben... Tu vas où, là ?
- Juste ici.
Il désignait un somptueux temple bouddhiste. Lara regarda autour d'elle : ils se trouvaient dans un quartier touristique et aisé.
- Tu... dors ici ? demanda-t-elle, avant de se rendre compte de son incroyable naïveté.
Alex haussa les épaules, sans répondre.
- Bon, ravi de t'avoir connu, petite. Amuse-toi bien !
Sans se retourner, le jeune voleur sauta lestement du toit et se dirigea vers le temple. Après une seconde d'hésitation, Lara partit à sa suite, une nouvelle fois. Elle le rattrapa derrière le temple, dans une ruelle sombre. Il sursauta, avant de froncer les sourcils.
- Qu'est-ce que tu fous là ? Dégage !
- Non, je te suis. J'ai envie de t'aider.
- C'est pas pour les petites filles sages.
- « Petite fille sage » ?
Soudain, Lara attrapa le jeune voleur par le col et l'attira à elle. Elle lui planta un baiser fougueux sur les lèvres, avant de le relâcher.
- Alors, « petite fille sage », t'es sûr ? fit-elle.
Sans répondre, Alex la prit dans ses bras, la souleva et la plaqua contre le mur de la ruelle. Il l'embrassa à son tour fougueusement. S'aidant des pieds contre le mur, et d'un mouvement preste des épaules, Lara le fit lâcher prise.
- Pas touche, voleur ! fit-elle, une fois de retour au sol. On verra ça si on ressort de ce temple vivants...
Et pour la forme, elle le gifla à toute volée. D'abord abasourdi, puis fou de rage, Alex finit par afficher un petit sourire en coin, tout en frottant sa joue endolorie.
- Tu me plais bien, petite... Tu iras loin !
- Pour l'instant, je veux juste aller là-dedans. Avec toi.
- Alors suis-moi.
Alex commença à escalader le temple. Lara le suivit.

***

Ils entrèrent dans le temple par les combles, juste sous les toits ouvragés. Immédiatement, le jeune voleur ouvrit une trappe, qui permettait d'en sortir. Il donnait l'impression de savoir parfaitement où il allait.
- Tu es déjà venu ? demanda-t-elle à voix basse.
- Non. Mais j'ai étudié le plan.
- T'es organisé... Tu es un voleur professionnel ?
- Arrête de poser des questions ! Tu me suis ou pas ?
- Ben oui.
- Alors fais-le en silence, merdeuse !
Il se laissa tomber en souplesse par la trappe et arriva dans un couloir. Lara le suivit, un peu vexée. Ensemble, ils arpentèrent en silence un enchaînement de couloirs, dans la pénombre. En passant, Lara repéra plusieurs reliques, vases ou statuettes qu'elle estima de grand prix. Pourtant, Alex ne les regardait même pas. Deux explications vinrent à l'esprit de l'adolescente : il était un piètre voleur, ou il cherchait quelque chose de précis. Elle opta définitivement pour la seconde solution quand il bifurqua soudain. Ils entrèrent alors dans la salle principale du temple, le lieu de culte bouddhiste. Une lumière diffuse était fournie par une série de bougies, qu'un veilleur de nuit entretenait régulièrement. Le moine, assez âgé, marchait lentement, à pas feutrés, de l'autre côté de la salle. Alex et Lara se cachèrent derrière une tenture, le temps que le veilleur parte. Une fois seuls, ils investirent la salle. Aussitôt, Lara se sentit gênée. Après tout, elle était en train de violer un lieu de culte, un temple de la paix. Et pour quoi ? Pour les beaux yeux bleus d'un méchant garçon extrêmement séduisant. Hésitante, elle se mit à peser le pour et le contre. Mais visiblement, son petit coup de foudre ne se posait pas autant de questions : il venait de traverser la salle pour atteindre l'autel, ou du moins, son équivalent bouddhiste. Derrière, sous une cloche de verre, se trouvait un petit bouddha en jade, d'une finesse et d'un éclat remarquables. Les yeux brillants, Alex souleva la cloche... et déclencha aussitôt une alarme.
- Les temples bouddhistes, ce n'est plus ce que c'était ! gémit-il. On court !
Il attrapa la petite statuette et se mit à courir. D'abord surprise, Lara le suivit une nouvelle fois. Ils coururent à perdre haleine, tournant et virant pour éviter les moines qui se réveillaient, tout en ayant pour objectif les combles initiales. Au détour d'un couloir, un moine surgit entre le jeune voleur et l'adolescente. En pleine course, elle n'eut qu'un réflexe : se jeter à genoux. Emportée par son élan, elle glissa entre les jambes du moine, et, en passant, lança son poing. Elle se redressa derrière le moine, qui s'écroula en gémissant et en se tenant l'entrecuisses.
- Je suis désolée, fit-elle, sincèrement catastrophée. Je suis vraiment désolée. Pardon.
Alex l'attrapa de force par le bras et la força à se remettre à courir.
- Si tu commences à te servir de cette méthode à quinze ans... fit-il sans s'arrêter.
- Ca va, c'était un réflexe !
Ils arrivèrent enfin dans le couloir où se trouvait la trappe. Elle était située trop en hauteur pour y accéder seul. Et de chaque côté du couloir, des moines arrivaient. Le jeune voleur posa alors la statuette et se mit en position pour faire la courte échelle, les mains jointes et les cuisses à l'horizontal.
- Allez, saute ! ordonna-t-il.
Lara ne se fit pas prier : un appui sur les cuisses d'Alex, un autre sur ses mains jointes, et elle se retrouva accrochée au plafond. Avec souplesse, elle se rétablit à l'intérieur des combles. Elle tendit aussitôt le bras pour aider Alex.
- Trop tard ! fit-il. Sauve-toi, je me débrouille.
Lara en eut presque les larmes aux yeux.
- On se reverra ? demanda-t-elle.
- Promis, gamine. Allez, dégage !
Elle eut juste le temps de lui envoyer un baiser : le jeune voleur se fit plaquer au sol par plusieurs moines. Comme d'autres commençaient à se faire la courte échelle pour rejoindre les combles, Lara s'enfuit par le toit et redescendit dans la ruelle. Sans perdre une minute, elle traversa la rue principale et se fondit dans la foule encore dense. Elle jeta quelques coups d'oeil en arrière, histoire de se rassurer. Le choc la tétanisa : les moines l'avaient déjà rattrapée. Sans hésiter, deux d'entre eux l'attrapèrent fermement, tandis que le troisième se plaça face à elle.
- Vous allez nous suivre, mademoiselle, fit-il dans un anglais très accentué.
- Mais quoi ? s'affola-t-elle. J'ai rien fait !
- Vous vous êtes introduite dans un temple sacré. C'est de la profanation. C'est puni par la mort.
- Ca va pas ?? Lâchez-moi ! Appelez la police !
- Nous nous passerons très bien de la police...
Lara paniqua pour de bon. La peur la fit agir avec promptitude et force : d'un mouvement sec et nerveux, elle se libéra de l'emprise des deux moines. Elle plongea aussitôt vers l'avant, plaqua ses mains au sol et prit appui dessus pour lancer ses pieds sur eux. Elle les frappa en même temps en plein visage. Tandis qu'ils tombaient à la renverse, elle se redressa et, sans élan, fit un saut périlleux arrière sur place. Ses pieds, en passant, heurtèrent le menton du troisième moine. En l'espace de quelques secondes, les trois moines s'étaient retrouvés à terre. Mais Lara ne perdit pas de temps : elle se mit à fuir, courant au milieu de la foule, loin du temple. Chaque regard derrière elle la paniquait : des moines lui courraient après, et elle était incapable de les semer. Plus elle accélérait, plus elle avait l'impression qu'ils se rapprochaient. Finalement, à force de courir, elle se retrouva face au quartier pauvre, qu'elle avait quitté quelques heures auparavant, en compagnie de Werner. Elle regagna un peu d'espoir : elle pouvait maintenant monter sur les fameux toits en tôle, et refaire le parcours sur lequel elle s'était entraînée. Il serait donc plus difficile de la rattraper dans ses conditions. Sans freiner, elle bondit sur des caisses posées là et accéda aux toits. Elle se remit à virevolter de cabanes en cabanes et, à mi-parcours, elle se retourna. Des larmes jaillirent de ses yeux : les moines étaient toujours à sa poursuite, et semblaient ne pas vouloir abandonner. Elle était dans un véritable cauchemar. Elle accéléra encore, prenant maintenant des risques inconsidérés pour sortir du bidonville. Elle ne pensait plus qu'à la sécurité de sa chambre d'hôtel, et à la présence, finalement très rassurante, de son mentor. Elle termina son escapade sur les toits et revint sur la terre ferme. Un regard pour constater que, contrairement à la fois précédente, Von Croy ne l'attendait pas avec un chronomètre et une voiture. Sans s'arrêter, Lara poursuivit son effort vers l'hôtel, guidée et poussée par une véritable terreur.
Non loin de là, à l'angle d'une ruelle, Werner Von Croy arrêta son chronomètre et intercepta les moines. Sans un mot, il les paya, puis les renvoya à leur temple. Il les regarda s'éloigner tranquillement, puis jeta un coup d'oeil sur sa montre. Quatre minutes six secondes. Plus de trois minutes de mieux en situation de stress. Werner ne cacha pas son sourire tout en retournant à l'hôtel.

***

Totalement affolée, Lara escalada le mur de l'hôtel et se jeta par la fenêtre de sa chambre. Elle perdit l'équilibre et roula jusqu'au mur opposé, qui l'arrêta lourdement. Malgré la douleur, malgré le feu qui rongeait sa poitrine, elle se recroquevilla par terre, terrorisée, les yeux rivés sur la fenêtre. Elle s'attendait tellement à voir surgir les moines qu'elle pleurait, ses sanglots se mêlant difficilement à sa respiration saccadée. L'adolescente mit près d'une heure à retrouver son souffle et à calmer la cavalcade de son coeur. Le tout sans quitter la fenêtre des yeux. Après deux heures d'observation, assise par terre contre le mur opposée, elle s'endormit.
Elle fut réveillée en sursaut par des coups sourds sur sa porte. Elle allait hurler de terreur quand elle reconnut la voix de son mentor.
- Lara, debout ! fit-il derrière la porte. Il vous reste vingt minutes pour vous préparer. Je vous attends à la réception. Dépêchez-vous !
L'adolescente mit un certain temps à se remémorer les derniers événements. Un coup d'oeil à sa montre, d'abord : sept heures du matin. Puis la fenêtre : ouverte. La chambre, en désordre. Et son lit, toujours impeccable. Elle se leva et gémit aussitôt : sa tête la faisait souffrir, et des dizaines de courbatures lui rappelèrent simultanément que sa nuit avait été agitée. En grimaçant, elle se traîna jusqu'à la salle de bains.
Vingt minutes plus tard, elle était au rendez-vous, lavée et habillée de vêtements frais. Elle pouvait donc passer pour reposée. Néanmoins, Werner la jaugea de haut en bas.
- Ça va ? demanda-t-il. Vous avez bien dormi, Lara ? Vous semblez un peu... défaite.
- Non, pas du tout, ça va très bien ! Je suis en pleine forme. On y va ?
Elle empoigna fermement son bagage et sortit de l'hôtel d'un pas décidé. Werner la regarda tenter de boiter le moins possible malgré les douleurs qu'elle semblait clairement ressentir. Il prit ses affaires et suivit l'adolescente, un immense sourire aux lèvres. Un sourire de satisfaction.

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